Des jeunes haïtiens sont libérés de la domesticité et s’intègrent au marché du travail
Les Amis d’Haïti sur Radio FribourgLe 29 septembre 2026, Les Amis d’Haïti étaient les invités de Radio Fribourg.
À cette occasion, Maurice Clerc et Guillaume Brülhart, membres du comité, ont présenté la situation des jeunes en domesticité en Haïti et les enjeux auxquels ils sont confrontés.
Ils ont également parlé du projet porté par le Foyer Maurice Sixto, qui accompagne ces jeunes vers davantage d’autonomie en leur donnant des outils concrets pour sortir de la domesticité :
- une formation professionnelle de courte durée
- un soutien à la création de microentreprises
- un accompagnement pour l’obtention d’une carte d’identité
Des actions concrètes pour permettre à ces jeunes de construire leur avenir et de retrouver leur autonomie.
Contexte
Haïti vit une crise sécuritaire majeure. L'emprise des bandes armées continue d'augmenter de jour en jour. Elle s'étend à la majorité du pays. Environ 10 % de la population (= 1 million) a du fuir son domicile à cause des exactions des bandits. De plus en plus d’enfants sont enrôlés par les gangs armés. La crise économique et sanitaire est majeure.
Le point de départ de l'action du FMS dès 1989 a été la constatation de la situation de quasi-esclavage que vivaient des centaines de milliers d'enfants placés en Haïti, appelés "restavèk". Au fil des années, il n'a eu cesse de développer des stratégies, une méthodologie et des activités visant à l'éradication de ce fléau. Pour ce faire, il mène des activités sur les plans national et local. Il accueille des enfants en domesticité dans son foyer de jour, pour leur redonner un peu d'humanité et également une formation scolaire. La vulgarisation des droits de l'enfant sont au centre de tout.
En parallèle, le FMS cherche à humaniser les conditions de vie des enfants dans leurs familles d'accueil, en encourageant les adultes, avec beaucoup de pédagogie, à mieux les traiter. Au fil des années, il a pris conscience qu'il fallait accompagner ces enfants jusqu'à leur émancipation complète, en leur donnant des formations professionnelles courtes afin qu'ils initient leurs propres activités économiques. Avec la montée en puissance du banditisme, le FMS a été incité à axer de plus en plus ses activités auprès des jeunes sur la prévention des risques du banditisme, par des actions de formation et de conscientisation, mais également d'accompagnement psychosocial personnel.
Actions menées
- Formations professionnelles de courte durée par exemple en: mécanique, cosmétologie (coiffure, manu-/pédicure,...), sérigraphie, cuisine/pâtisserie, énergie solaire, communication et médias. Un accent fort est porté sur l'entreprenariat, l'économie solidaire et la mise en place de mutuelle de solidarités. Une formation professionnelle "humaine" très consistante est intégrée au cursus de formation professionnelle.
- Appui économique à des jeunes pour initier une activité économique. Les activités économiques soutenues peuvent être non seulement des activités pour lesquelles le FMS donne des formations, mais encore relever d'autres domaines (ex. ouverture d'un magasin). Les jeunes bénéficient de plus d’un accompagnement pour la réussite de leur activité économique.
- Accompagnement des enfants et jeunes afin qu’ils accèdent à leur acte de naissance et leur carte d’identification nationale.
Des expériences passées ( 2023 à 2025)
240 jeunes ont été formés dans les domaines de la décoration événementielle, la sérigraphie, la cosmétologie, le barber shop /la coupe de cheveux, la mécanique et réparation de motos . Tous ces jeunes ont reçu une instruction dans les domaines suivants : droits humains, marketing, entreprenariat, économie solidaire, etc.
Les jeunes apprécient beaucoup le fait que les formations professionnelles soient courtes. Leurs propositions, ainsi que celles des parents et des leaders communautaires, contribuent dès 2026 à la poursuite du programme :
- maintien des formations ouvrant des perspectives d’activité : décoration événementielle, mécanique, cosmétologie, sérigraphie, coupe de cheveux ;
- souhaits d’introduction de nouvelles formations : carrelage, énergie solaire (installation de batteries, de panneaux solaires, électricité domestique), boulangerie.
50 jeunes ont bénéficié d’un appui (financier et humain) à la création d’une microentreprise. L’appui financier a représenté en moyenne 250.- USD par jeune. L’appui financier consiste en un prêt qui doit être remboursé en 4 ans. Les bénéficiaires de 2023 et 2024 ont déjà remboursé 25 % de leur prêt. Quatre d’entre eux ont déjà remboursé le 100 % de leur prêt.
Témoignage
Rivens, sérigraphie « Je m’appelle Rivens, 29 ans. Depuis 17 ans, je vis chez une personne avec qui je n’ai aucun lien familial. J’ai pu heureusement apprendre la sérigraphie en 2023 au FMS. Puis le FMS m’a accordé un soutien économique pour monter une petite entreprise. Grâce aux connaissances acquises, j’ai cherché et obtenu des contrats et j’ai gagné un peu d’argent. Mais cela n’est pas régulier et suffisant. J’ai donc acheté une moto d’occasion et je fais du taxi moto. Ce n’est pas du tout facile pour moi de bouger avec cette moto, à cause de l’insécurité. Mais je me suis débrouillé quand même. Je sens que je suis en train d’atteindre les objectifs que j’avais. Maintenant, je peux subvenir à mes besoins, ce qui me donne un sentiment d’indépendance. Je me sens aussi mieux préparé pour faire face aux adversités de la vie. Le support obtenu du FMS a beaucoup changé ma vie. Il a renforcé ma capacité économique et ma capacité morale aussi. Il me donne aussi la capacité de promouvoir et défendre les droits des enfants et des jeunes, notamment dans mon église et dans mon quartier. »



