Fribourg Solidaire

Le coton, une malédiction pour le Bénin ?

Surendettement, malnutrition, des solutions très encourageantes se dessinent pour les habitants.

Lothar Seethaler, président de Pont Universel était l'invité de Fribourg-Solidaire dans l'émission Le Mag de Radio Fribourg.

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Agroécologie pour les Groupements de Solidarité

Une production agricole saine, variée et destinée prioritairement à la consommation locale est assurée, permettant une nutrition suffisante et équilibré aux familles.

Contexte

Banikoara est une commune rurale au Nord du Bénin, avec aujourd’hui une population proche de 300'000 habitants, dont environs ¾ vivent de l’agriculture. Banikoara est la région principale au Bénin pour la production du coton, et à peu près 50% du terrain agricole y est dédiée. Le reste est utilisé pour une production vivrière extensive et le maraichage en période de soudure.

La production agricole actuelle est largement déterminée par la production du coton conventionnel : Des crédits sous forme d’engrais chimiques, de pesticides et d’herbicides synthétiques et souvent très toxiques sont octroyés aux familles paysannes selon la taille du terrain cultivé en coton. Suite à la dégradation progressive des sols, la rentabilité de cette production du coton n’est plus donnée, et les paysan-ne-s dépendent des intrants chimiques aussi pour cultiver leur nourriture – ce qui appauvrit davantage leurs sols. Ces intrants reçus sous forme de crédit remboursable après la récolte en coton, représentent également un accès facile au cash : vendu sur le marché noir, les paysan-ne-s reçoivent deux tiers du prix qui leur est demandé au remboursement, ils subissent donc une perte de 50%.
Les familles vulnérables se retrouvent alors dans un endettement chronique qui les expose à des crédits d’usure avec des pertes énormes sous forme d’intérêts. Il y a de plus en plus de familles qui perdent ainsi leur bétail et leurs terrains agricoles.

Les personnes les plus vulnérables, les paysannes et les jeunes, vivent de l’agriculture et de l’élevage et se nourrissent essentiellement de céréales : riz, mais, sorgho, ignames et patates douces. Il y a très peu de protéines dans leur alimentation, et pendant la soudure aussi trop peu de lipides et de légumineuses. Beaucoup d’enfants souffrent de malnutrition.

Objectifs
- Dans le cadre des groupements de solidarité (GS), une production agricole saine, variée et destinée prioritairement à la consommation locale est assurée, permettant une nutrition suffisante et équilibré aux familles.
- L’endettement chronique des familles les plus démunies est diminué et les pertes de revenu évitées.
- Les GS sont clairement structurés, avec règlement intérieur, président/e, trésorier/ère et secrétaire élus, actifs et efficaces dans leurs rôles respectifs.

Principales activités qui seront réalisées
- Formation des animateurs locaux/ animatrices locales dans l’accompagnement de groupements de solidarité.
- Animation et accompagnement des groupements dans la recherche de solutions collectives à leurs défis majeurs et problèmes quotidiens et dans leur mise en pratique
- Formation initiale et échanges continues avec les responsables élues des groupements (présidentes, secrétaires et trésorières) sur leurs rôles et tâches spécifiques dans les groupements
- Formation et accompagnement des groupements dans des techniques et pratiques agroécologiques adaptées en collaboration avec le Lycée agricole de Banikoara
- Sensibilisation sur les questions de bonne nutrition – en collaboration avec l’Hôpital de zone de Banikoara et UNICEF
- Prévention des violences basées sur le genre, en collaboration avec Médecins du Monde
- Implication des autorités traditionnelles locales (chefs de village, sages, etc.) dans les analyses et dialogues, afin de les assurer du bien-fondé des initiatives des groupements et de solliciter leur soutien
- Accompagnement des réunions des réseaux de groupements dans leurs échanges d’expériences et la préparation de leurs plaidoyers auprès des autorités locales

Qu’est-ce qu’un groupement de solidarité ?

Ces groupements sont composés principalement de femmes issues de diverses familles, qui se rassemblent pour se soutenir mutuellement, identifier les problèmes les plus importants et réaliser de petits projets avec leurs propres ressources.
Après 2 ans de dialogues et d’accompagnement, les membres de ces groupements comprennent la nature des pertes de récoltes et du cercle vicieux de l'endettement qui touche la plupart des foyers.

Des propositions de solutions aux problèmes de malnutrition ont été émises suite à l’analyse de leur situation de vie.
Les hommes sont aussi maintenant impliqués dans ces questions. Ensemble, ils ont réalisé des activités agricoles communes : Réhabilitation de puits d’eau pour le maraîchage pendant la saison sèche, transformation de riz et de karité. Les autorités traditionnelles locales et la mairie apportent leur soutien aux groupements pour leurs activités. Ce projet est un projet non assistanciel basé principalement sur la mobilisation des ressources au sein des Groupements de Solidarité à travers un accompagnement. Pour les années 2024 à 2027, les membres ont décidé d’une priorité : passer de l’agriculture conventionnelle à l’agroécologie qui permettra de produire une nourriture saine, équilibrée et suffisante pour les familles et les enfants.